Vieux Chaillol en ski de rando :
récit d’une ascension entre doute et renaissance
Le Vieux Chaillol en ski de rando est une expérience à part, incontournable pour les amoureux de montagne en quête d’authenticité. Plus haut sommet du Champsaur, le Vieux Chaillol offre un itinéraire aussi esthétique qu’exigeant avec un panorama exceptionnel sur le massif des Écrins. Mais au-delà de la performance, cet itinéraire en ski de rando au Vieux Chaillol est aussi une aventure profondément personnelle. Pour nous, ce sommet symbolise autant nos débuts que notre manière d’évoluer en montagne, entre apprentissage, adaptation et plaisir retrouvés. Récit d’une ascension pas tout à fait comme les autres.
Le Vieux Chaillol, sommet emblématique du Champsaur
Le Champsaur, niché aux portes de Gap, est un territoire préservé appartenant au parc national des Écrins. Dominé par le Vieux Chaillol, plus haut sommet de la vallée, ce coin de montagne reste relativement méconnu, loin de l’effervescence des grandes destinations alpines. Bref tout ce qu’on aime : de belles montagnes accueillantes et tranquilles. Récemment nous avons découvert que c’est un paradis pour le parapente, avec Les Richards, le Cuchon d’Ancelle ou Orcières pour les vols sur site.
Mais nous avions d’abord fait connaissance avec ce massif, quelques années en arrière, skis au pied. D’ailleurs Il y a des sommets qui marquent une vie de skieur de randonnée. Des sommets que l’on garde en nous, non pas pour leur difficulté, mais pour ce qu’ils représentent. Le Vieux Chaillol fait partie de ceux-là. Plus haut sommet du Champsaur, il domine la vallée du haut des ses 3163m.
Quand on remonte de Provence, on ne voit que lui. Pour nous, il est comme le Mont-Blanc pour les Haut-savoyards. C’est un peu notre phare des Hautes-Alpes, notre repère. C’est ici que tout a commencé : nos premières vraies sensations en ski de randonnée, nos premiers doutes, nos premiers renoncements aussi. C’est aussi le lieu de cette découverte si particulière de l’effort lent, engagé, mais profondément addictif.
Et que dire de l’après-ski ? Pour le goûter, on se délecte de tartes à la confiture. Et pour le diner vous aurez l’embarras du choix : tourtons, ravioles ou oreilles d’âne. Notre préférence va aux tourtons que l’on achète près de Chabottes sur la route d’Orcières Merlette. Et que dire de l’agneau d’appellation de Sisteron que nous avions eu la chance de déguster dans une chambre d’hôtes chez des éleveurs à Chabottes. Et vous me direz, c’est où les meilleurs croissants de la vallée ? Cela se passe à la boulangerie d’Ancelle.
Bref il fait bon vivre ses passions et manger sainement dans cette région. Et si nous y posions nos valises un de ces jours ?
Nos débuts en ski de rando et ce que cette saison nous a appris
Le ski de rando, pour Mika et moi, c’est une passion depuis presque 20 ans. C’est une histoire qui a commencé en remontant les pistes de la station de ski Orcières-Merlette. C’était la découverte d’un nouvel effort à la montée avec des skis et des chaussures très lourdes à l’époque. Puis les descentes sur pistes plutôt facile pour débuter sereinement. Ensuite on a taquiné les itinéraires sauvages adaptés aux débutants. Mais qu’est-ce que j’ai galéré, j’en ai même pleuré une fois dans une descente croutée de haut en bas. Malgré les difficultés, le virus du ski de rando nous a piqués et nous a élevés. Quand je dis cela, j’entends qu’il nous a appris l’effort, la patience, la gestion de soi, et surtout le respect de la montagne. Certains sommets sont devenus des repères, et des lieux chargés d’émotions. Le Champsaur est le massif au coeur duquel nous avons grandi en tant que pratiquant. Alors quand nous revenons faire le Vieux Chaillol en peaux de phoque, c’est comme un retour aux sources où l’on mesure le chemin parcouru.
Mais cette saison nous a aussi rappelé une chose essentielle : rien n’est jamais acquis. Entre fatigue et blessures, il a fallu ralentir, parfois même s’arrêter. Une frustration difficile à accepter, avec cette impression de “passer à côté” de l’hiver. Plus il neigeait fin Février, plus je rageais au fond de moi avec mon mal de dos. Et pourtant, c’est aussi là que tout prend du sens. S’écouter, prendre soin de soi et de son corps pour durer et pour pratiquer nos passions le plus longtemps possible. Il faut accepter les arrêts au stand, les phases de repos. À partir de 50ans il faut admettre qu’on récupère un peu moins bien.
Aujourd’hui, on ne voit plus ces moments comme des freins, mais comme des étapes. Elles nous obligent à adapter nos pratiques, et rester alignés avec ce qui compte vraiment. Durer, prendre du plaisir, et continuer à vivre la montagne longtemps, en ski, à pied, en VTT et en parapente.
Heureusement il y a eu ce moment fin Mars où nous avons senti que c’était le moment d’y aller. Pas pour performer. Pas pour cocher un sommet. Mais simplement pour retrouver quelque chose d’essentiel. Retrouver ces sensations de glisse unique dans des espaces vierges. Des sensations que seule offre le ski de rando.
Finalement revenir au Vieux Chaillol début Avril 2026, c’est revenir à l’origine de notre passion. A nos yeux, ce sommet n’est pas seulement une course en montagne. C’est se souvenir pourquoi on a commencé, et à quel point cela nous nourrit.
Retour aux sources sur des skis de rando pas comme les autres
Les doutes et les restes de douleurs n’ont pas pesé bien lourd face à l’envie de skier sur nos nouveaux skis de rando. C’était en projet depuis l’hiver dernier suite à notre rencontre avec Marius artisan menuisier fabricant de skis en bois M&SKI. C’est ironique mais quelques jours après m’être blessée au dos, Marius nous livre nos skis en bois à Montclar où nous travaillons. Ces planches nous en avons rêvées. Nous croyons profondément en l’artisanat français. Alors c’est aussi mettre en avant nos valeurs que de skier ces magnifiques planches sur mesure. Et c’est aussi pour nous une forme de plaisir et de quête de l’hédonisme qui s’insert dans notre façon de vivre la montagne. Ces skis en bois, ce n’est pas juste un nouvel équipement pour Mika et moi. C’est un symbole. Celui d’un renouveau, d’une motivation qui revient autrement. A nouveau c’est prendre conscience que l’on peut se faire plaisir différemment, en allant moins vite mais tout aussi loin.
Nous avons opté pour des skis un peu plus lourds que nos précédents. Ainsi nous gagnons en confort et plaisir de glisse au détriment de la performance de vitesse à la montée. Mais là n’est plus l’essentiel pour nous. Aujourd’hui nous voulons continuer notre chemin confortablement et longtemps, à l’image de notre vie.
Topo ski de rando du vieux Chaillol
Informations pratiques, Vieux Chaillol, Champsaur :
Parking à la station de ski Chaillol 1600 , aux pieds des pistes
environ 1600m de dénivelé
Sud
Le Vieux Chaillol culmine à 3163m, plus haut sommet du Champsaur.
La cotation skitour est 2.2. La difficulté réside en partie dans la longueur de cet itinéraire. Il y a du dénivelé et de la distance. A noter que dans la première partie de l’itinéraire, le passage de la cascade de la Pisse est parfois déneigé et nécessite de bien s’orienter.
Conseils pour réussir l’ascension du Vieux Chaillol à ski de rando
Pour réussir l’ascension du Vieux Chaillol en ski de rando, nous préférons des conditions printanières stabilisées. C’est peut-être dû à notre côté intransigeant avec la sécurité, comme en parapente. Il y a des courses qui se prêtent bien à chasser la poudre. De son côté le Vieux Chaillol avec sa face plein sud, donne envie de glisser sur une neige printanière juste bien revenue au soleil. Donc généralement la bonne période commence début Mars.
Attention toutefois de ne pas oublier vos couteaux car vous partirez certainement tôt. Ainsi vous sécuriserez vos pas dans le passage de la cascade de la pisse en neige verglacée. Plus haut ils seront moins nécessaires sauf peut-être dans la partie finale si c’est vraiment glace.
Evidemment consultez régulièrement la météo les jours précédents votre sortie pour avoir une idée des conditions de regel et d’enneigement. D’ailleurs sur météo France vous trouverez toutes les infos nécessaires avec également le BRA. Gardez en tête qu’un risque 3 c’est déjà élevé. Alors n’hésitez pas également à prendre des renseignements auprès de skieurs de randonnée locaux ainsi que dans les clubs alpins.
Récit de l’ascension du Vieux Chaillol en ski de rando
Le départ aurait dû se faire tôt vers 8h pour se mettre en jambes tranquillement. Mais Manon notre compagnon du jour s’est un peu égaré dans les virages du Champsaur. Alors dès son arrivée à Chaillol 1600 elle nous fait démarrer sur les chapeaux de roue. Rapidement on attaque les difficultés du passage de la cascade de la Pisse. Mika monte en cadence sans être gêné par la trace un peu dure et chaotiques. Manon et moi prenons le temps de mettre nos couteaux. Ainsi je me sens plus sûre de mes pas. Certes cela crée une contrainte mécanique qui fatigue les cuisses mais au moins pas de glissades impromptues sur la neige gelée. Une fois sorties de cette difficulté, nous les enlevons pour gravir la belle pente sous le col de la Pisse en glissant sans contrainte. Je me réjouis d’avance de la descente dans ce vallon plein sud qui va être surement bien revenu dans 2 ou 3 heures.
L’arrivée au col au bout de 2h est magique de beauté. Mais elle nous met face à une réalité bien terre-à-terre : nous sommes encore bien loin d’être arrivé. Depuis le col, le Vieux Chaillol nous parait encore très loin. La traversée sous le Pic de Tourond jusqu’à la cabane des parisiens est interminable. Les doutes m’assaillent. Alors on fait une pause, on grignote à nouveau quelques biscuits et fruits secs. Puis la vue de l’objectif et le challenge d’atteindre le sommet me motive. C’est peut-être aussi le fait de me rendre compte que j’avance plus vite qu’un skieur qu’on vient de doubler.
Et puis arrive le sommet. Ce moment suspendu, où tout s’apaise, c’est la libération. La fatigue laisse place à l’émotion, à cette sensation de récompense profonde. Le regard porte loin sur le massif des Ecrins, c’est grandiose. On mesure la chance d’être là et on savoure cet instant. Nous sommes simplement heureux.
Après l’effort, la montagne nous offre simplement ce qu’on est venus chercher. Le plaisir ultime de la descente bien mérité. Il faut admettre que celle-ci a un goût particulier. Celui du plaisir retrouvé et la découverte de nouvelles sensations sur nos skis en bois. Les conditions sont justes parfaites pour laisser aller avec fluidité. Moi qui suis souvent sur la retenue, j’arrive à suivre Mika et Manon dans une succession de virages tellement faciles. Tout s’enchaînent avec fluidité sur cette neige printanière revenue à souhait. Comme prévu la combe au-dessus de la cascade de la Pisse est une pure merveille. Puis Mika nous trouvera le passage pour descendre jusqu’à la station sans déchausser, et boucler cette course magnifique.
Le bonheur d’avoir réalisé le Vieux Chaillol en ski de rando cet hiver nous accompagne encore alors que l’on écrit ces quelques mots
Avancer, toujours, mais en s’adaptant
Vous l’aurez compris cette sortie en ski de rando au Vieux Chaillol n’était pas qu’une simple course. C’est une revanche après une période compliquée où j’ai accepté de ralentir. Elle m’a surtout rappelé que vouloir toujours faire plus n’est pas forcément la clé. Parfois, il faut simplement adapter sa pratique, écouter ses limites, et remettre le plaisir au centre, avant toute notion de performance.
Ce sommet, chargé de souvenirs, prend aujourd’hui encore une autre dimension. Comme un repère dans le temps, il nous rappelle pourquoi on est là, et ce qui compte vraiment.
Parce qu’au fond, il n’y a pas une seule manière d’avancer en montagne, ni dans la vie. Chacun évolue à son rythme, avec ses hauts, ses doutes, ses envies. Et c’est peut-être ça, le plus important : continuer à avancer, en restant fidèle à soi-même.
Et vous, quel est votre montagne ou votre lieu repère, votre phare ?

